Vous est-il déjà arrivé de vous sentir nul, de ne plus avancer, même après avoir pris des milliers de photos ? Même après avoir réalisé des photos dont vous étiez fiers ? Mais aujourd’hui, rien ne va plus ! Tout votre travail semble morne, vous êtes prêts à le disqualifier et à tout abandonner… c’est bien normal ! Ce n’est manifestement pas l’apanage des débutants et des amateurs. Dans son livre Hold still, Sally Mann nous révèle ses pensées les plus intimes à ce sujet. Je rappelle qu’elle a été sacrée meilleure photographe américaine par Time Magazine en 2001. Elle n’est donc ni une amatrice, ni une débutante. Vous voilà donc en bonne compagnie ! 😉

Pour cet article, je me suis inspiré et j’ai traduit des passages d’un article de Deborah Barlow publié sur son blog Slow Muse. J’ai bien sûr ajouté mon avis sur la question.

Comprendre les implications du travail créatif et artistique

Vous avez la bonne inspiration – une superbe photo, peinture, composition ou poème semble apparaître de nulle part. Ce succès amène une “confiance en vous qui peut sembler présomptueuse”, mais vos essais suivants échouent tous. À ce moment, les voix du doute et du découragement apparaissent et vous suggèrent d’abandonner. Elles vous disent que vous avez fait le tour de la question et que vous n’avez rien de plus à dire.

Tous les créatifs connaissent ce genre de situation et voici comment Sally Mann propose de s’en sortir :

Réagir face doute et au découragement : 2 options s’offrent à nous

Cette voix est facile à croire… cela me laisse avec seulement deux choix: je peux recommencer à trimmer et prendre plus de photos, risquant alors plus d’échecs et de désespoir, ou je peux garantir mon échec et mon désespoir en arrêtant de faire des photos. C’est essentiellement une décision entre incertitude et certitude et, curieusement, l’incertitude est le choix confortable.

Sally Mann

Je trouve que Sally Mann résume bien la situation. Le fait que l’incertitude soit plus viable que la certitude rejoint aussi ce que Thomas d’Ansembourg affirme dans son livre intitulé : Être heureux n’est pas forcément confortable.

Nous avons donc besoin d’assumer les incertitudes et les inconforts liées à notre pratique artistique pour pouvoir jouir de la joie et de l’accomplissement qu’elle peut nous amener.

S’obstiner, jour après jour, la qualité arrivera

Donc, vous persévérez avec juste assez de bon résultats pour continuer. Du nouveau travail apparaît et il arrive bientôt à disqualifier l’ancien. Alors, la lutte continue. Extérieurement, vous pensez que les autres ne comprennent pas comment tout ceci fonctionne et ce que ça implique émotionnellement.

“Comment peuvent-ils comprendre la peur paralysante que je ressens entre une bonne photo et l’impossible suivante ? Qui peut connaître l’agonie de mon espoir qui, tel une marée descendante, décline entre le moment où je pousse sur le déclencheur et l’image qui se révèlera dans le développeur ? Ou la joie insouciante quand je réalise qu’en ai enfin une bonne; tout à coup, ma confiance, jusqu’alors décadente, subit une merveilleuse résurrection.
Mais, bien-sûr, c’est un moment fugace. Cela dure plus ou moins aussi longtemps que l’exquise apogée d’une vague et, tout comme la vague détruit le chateau de sable, cela draine ma confiance à mesure qu’elle retombe. Dans son sillage, ce moment me rappelle qu’aussi bonne que soit la dernière image, la suivante doit être meilleure. Chaque nouvelle image réussie contient du désespoir, car elle augmente la mise pour celle qui suivra…
Je pratique mon art en dépit de mes échecs à répétition, de mon doute, si profond qu’il peut paraître comme une mascarade vaniteuse aux yeux des autres. Ce n’est en aucun cas héroïque. Au contraire, c’est un effort laborieux et obstiné. Je réalise mauvaise photo après mauvaise photo, de semaine en semaine jusqu’à ce que le répit arrive; la nouvelle bonne photo qui m’offre la bénédiction.

Sally Mann

Sally Mann me touche par sa sincérité et sa vérité lorsqu’elle parle de son propre processus créatif. Ses mots inspirants, son style imagé m’inspirent d’autant plus. Lire ses mémoires est certainement dans ma liste de lecture.

Lorsque j’ai lu ses lignes pour la première fois, je me suis tout de suite dit qu’elles pouvaient aussi vous inspirer. J’ai eu beaucoup de plaisir à traduire ce texte inspirant. Je suis désolé si la traduction peut paraître brute ou littérale, j’ai essayé de rester au plus près du texte original tout en le rendant « lisible » en français. Je ne suis pas traducteur professionnel non plus ! LOL ! 😉

Avez-vous déjà ressenti un blocage créatif, une peur de continuer ou une envie de tout abandonner et de passer à autre chose ?

Que pensez-vous de la vision de Sally Mann au sujet de la persévérance et la créativité ? N’hésitez-pas à participer au débat dans les commentaires !